April 10, 2019

Alva Skog et les femmes qui inspirent ses œuvres

L’illustratrice et animatrice d’un Friday Night Sketch au Design Museum de Londres parle à MOO des personnages de femmes qui inspirent son travail.

Née à Stockholm, en Suède, et résidant désormais à Londres, l’illustratrice Alva Skog manipule les perspectives pour doter ses personnages féminins et non-binaires de petites têtes, de bras puissants et de mains et de pieds grand format, et souvent les représenter vus du dessus ou du dessous. Dans ses designs vifs et colorés, elle s’amuse également avec l’équilibre du pouvoir entre spectateur et sujet.

Un an après avoir obtenu son diplôme, Alva peut se targuer d’un portefeuille de clients incluant Apple, Refinery29 ou The Guardian. MOO a rencontré Alva alors qu’elle s’apprête à animer un Friday Night Sketch sur le thème des femmes monumentales pour parler des stéréotypes qui déforment la réalité, connaître ses meilleurs conseils pour réussir en free-lance, et découvrir la manière dont les romans de science-fiction ont influencé son style.

Parlez-nous de vos origines, et de la manière dont vous en êtes venue à l’illustration.

J’ai toujours adoré dessiner : ma tante était scénographe et je peignais beaucoup ; mon père quant à lui réalise des publicités pour la télévision. J’aimais beaucoup l’accompagner au travail, et l’idée de collaborer avec des clients, de visualiser et de transmettre le message de quelqu’un, m’attirait beaucoup.

J’ai suivi une formation préparatoire dans le domaine des beaux-arts, puis j’ai été admise à l’université Centrals Saint Martins, où j’ai appris l’illustration. J’ai été diplômée en 2018, et je me suis lancée à mon compte à ce moment-là.

Quelles compétences avez-vous développées à Saint Martins ?

Parce que j’avais déjà bénéficié d’une formation en art pendant deux ans, j’étais un peu plus âgée que mes camarades : j’étais très déterminée, et je comprenais mieux ce que je voulais. On nous laissait également mener nos propres projets, ce qui m’a permis d’acquérir des compétences de gestion de temps et de développer ma confiance en ma propre efficacité.

J’ai par ailleurs beaucoup appris de mes camarades : certains étaient excellents en typographie, d’autres en illustration ; et parmi les principaux acquis de ces années à Centrals Saint Martins, j’inclurais la capacité à partager les savoir-faire et l’ouverture d’esprit. Je collabore d’ailleurs parfois avec les gens que j’ai rencontrés à cette période.

Quelles sont vos influences les plus importantes en matière de création ?

Ma petite sœur et sa vision de la vie à mesure qu’elle grandit, et ma mère, qui est professeure associée en ethnologie et m’a beaucoup appris sur le féminisme et sur le genre, ont une grande influence sur moi. Les femmes et les personnes non-binaires, ainsi que leurs expériences, m’inspirent beaucoup. Elles m’ont montré qu’il n’existe pas simplement deux façons d’être, mais une multitude.

Je suis également influencée par la peintre Marlene Dumas et par la littérature de science-fiction féministe, par exemple Woman on the Edge of Time de Marge Piercy ou La Main gauche de la nuit d’Ursula K. Le Guin. Ces ouvrages explorent l’identité de genre mais aussi l’avenir potentiel de ce dernier. Ils m’ont offert une perspective passionnante, qui se ressent fortement dans mon travail.

Comment avez-vous mis au point votre style si caractéristique ?

Avant ma deuxième année d’études, j’ai exploré de nombreux styles en utilisant l’encre, l’aquarelle et le dessin numérique. Puis, en 2017, j’ai participé aux D&AD New Blood Awards. Il fallait réaliser trois affiches pour donner des conseils à quelqu’un : j’ai décidé de m’adresser à ma petite sœur pour lui recommander de ne pas se conformer aux attentes rigides de la société concernant son apparence ou son comportement.

J’ai fait très attention à ne pas sexualiser les personnages féminins de mes affiches d’une quelconque façon, et à m’éloigner des façons stéréotypées dont les femmes sont montrées dans les médias. Je voulais faire souffler un vent de fraîcheur sur leur représentation, et les ai donc dessinées avec des mains et des pieds grand format, des bras puissants et des jambes poilues.

Ma contribution a reçu un prix « Yellow Pencil », ce qui m’a assurée de la qualité suffisante de mon travail pour le secteur, et de la possibilité d’associer le féminisme et mes illustrations. Ce projet a été un des points de départ les plus importants pour mon style.

Votre style d’illustration a-t-il évolué au fil du temps ?

Sans aucun doute, et il continuera à évoluer, ce qui est formidable. Lorsqu’on m’a dit pour la première fois que si je voulais être illustratrice, il fallait que j’aie un style, j’ai ressenti de la frustration : je voulais tout faire. Mais avoir son propre style, cela veut dire pouvoir le développer et le faire évoluer au fil du temps.

Les têtes que je représente rapetissent, les mains grandissent, et je joue de plus en plus avec la perspective. Je trouve passionnante l’exploration des limites de mon travail.

Quel est votre type de projet favori, et comment abordez-vous une commande ?

J’ai réalisé la couverture d’un supplément G2 de The Guardian, pour illustrer un article à propos des abus sexuels sur les enfants. Ce projet a représenté un véritable défi, car le sujet était très lourd, mais ce type de commandes me semble important, et j’ai été très satisfaite du résultat.

Lorsque je reçois une commande pour la presse, je lis l’article, note les mots-clés et procède à de plus amples recherches si je l’estime nécessaire. Ensuite, je réalise des croquis miniatures en noir et blanc, puis passe à l’esquisse sur mon iPad, à l’aide de l’application Procreate. Je réalise les dessins préparatoires, les envoie au client, puis passe aux ébauches de couleurs. Pour l’illustration éditoriale, il faut travailler à un rythme soutenu, avec un délai d’un ou deux jours à chaque fois, ce que j’apprécie.

Vous avez récemment animé un Friday Night Sketch sur le thème des nouveaux monuments pour les femmes. Comment avez-vous abordé le sujet ?

Celui-ci s’accorde très bien avec mon approche de l’illustration : dessiner quelqu’un de manière monumentale est très enthousiasmant. J’ai demandé aux participant(e)s d’utiliser des perspectives exagérées, qui peuvent mettre le spectateur en position de force ou de faiblesse, pour créer un dessin monumental d’une identité féminine ou non-binaire.

Chacun(e) a vraiment fait l’effort de déformer la perspective dans ses dessins. L’exercice n’était pas simple, mais certain(e)s ont été très astucieux/se, réalisant une première esquisse où ils/elles amplifiaient la perspective, puis une deuxième où ils/elles l’amplifiaient encore davantage. Tant de gens réunis dans une salle à dessiner, c’est merveilleux. Cet événement est vraiment génial.

Quel conseil donneriez-vous aux étudiant(e)s qui voudraient se lancer en free-lance après leur diplôme ?

Soyez très actif/ve en matière de promotion de votre travail. L’une des raisons pour lesquelles ma carrière d’indépendante a démarré aussi rapidement est que je me suis inscrite à de nombreux concours, et que j’ai écrit à d’innombrables magazines de design en ligne pour leur proposer des collaborations. Vous devez avoir confiance en votre travail, parce que si vous vous inquiétez de savoir si vous pourriez faire mieux, vous ne pourrez convaincre personne de vous engager.

Il est aussi essentiel d’être agréable avec les autres illustrateurs : si je ne peux pas honorer une commande, je recommanderai quelqu’un d’autre, car il ne faut pas être trop compétitif/ve. La gentillesse, c’est ce qui donne aux gens envie de travailler avec vous ou de vous confier des missions : elle vous emmènera loin.

Vous voulez rencontrer d’autres femmes qui dessinent des femmes ? Rencontrez Erin Aniker, l’animatrice d’un Friday Night Sketch qui aborde des récits divers dans ses designs.

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